Publié le mardi 28 avril 2009

Réflexions du fauteuil : le mouroir

28 04 2009

Je pense beaucoup ces jours-ci au sort que nous réservons aux personnes âgées. Mon père ira finir ses jours dans un centre d'hébergement et de soins de longue durée où il sera transféré d'urgence dans les prochaines heures parce que son état s'est grandement détérioré récemment. C'est le bout de la ligne, le mouroir des petits vieux dont personne ne veut plus s'occuper.

Mon père qui aura 86 ans le mois prochain souffre de démence consécutive à la maladie de parkinson. Ça ressemble à de l'Alzheimer, sauf qu'il n'y a pas de régression. Il devient tout simplement fou. Il ne fait plus la différence entre ses rêves, ses fantasmes et la réalité dont il s'éloigne de plus en plus. Il reconnait tout le monde qui l'entoure, mais il leur prête des intentions qui n'existent que dans son cerveau de gruyère.

Depuis qu'il a été déclaré inapte à prendre les décisions qui le concernent suite à une hospitalisation il y a deux ans, il a dû quitter son appartement dans une maison pour personnes âgées pour être hébergé dans une maison pour personnes semi-autonomes supervisée et subventionnée par les services sociaux. Je m'occupe de ses finances et je paie tous les mois une partie de frais parce qu'il en a les moyens. Sinon, le gouvernement paierait pour tout. Jusqu'à maintenant, nous avons (nous sommes trois enfants) notre mot à dire sur ses conditions de vie, les médicaments qu'il prend, puisqu'il en paye une partie, etc. Mais là les choses vont changer.

Parce qu'il est devenu ce qu'on appelle une priorité A, nous n'avons rien à dire sur l'endroit où il sera hébergé. Ça pourrait être assez loin géographiquement parce que la règle qui prime, c'est celle du premier lit disponible. Il pourrait avoir la chance de vivre dans une chambre individuelle, mais il pourrait aussi aboutir dans une salle commune de quatre lits. Ça existe encore en 2009. Comme le gouvernement va dorénavant payer la totalité du prix de ses médicaments, il cessera de prendre les antipsychotiques qui l'aident actuellement parce qu'ils ne sont pas couverts par l'assurance publique. Nous n'aurons rien à dire, même si mon père va continuer à payer une partie des frais parce que son  compte de banque est assez garni pour le faire.

Nous n'aurons rien à dire et c'est tant pis pour nous, car nous en portons l'entière responsabilité. Nous avons remis la vie de notre père entre les mains du gouvernement. Parce que nous ne voulons pas nous en occuper. Nos vies de divorcés, nos familles reconstituées, nos condos modernes et exigus et nos vies de fous ne nous permettent pas de le garder. Pourtant, entre fous, nous devrions pouvoir nous entendre, non?

Quand je pense que je vais vieillir à mon tour, je me dis que le pire est à venir. Beaucoup de baby-boomers comme moi n'ont eu qu'un enfant avant de se séparer. Mon fils devra s'occuper seul de deux personnes âgées qui ne vivent pas ensemble. Je lui ai recommandé de se lancer en affaire. La construction de centres de soins de longue durée en PPP a beaucoup d'avenir.